Les différents souffles

Ces souffles qui nous font vivre...

Les différents souffles Yoga prana

Prana, force vitale

Lors de notre venue sur terre, nous poussons notre premier cri, à l'entrée de l'air dans les poumons.

Cet air tout neuf nous fera vivre jusqu'au moment où nous rendrons notre dernier souffle.

Entre-temps, nous aurons l'occasion d'"être à court de souffle, à bout de souffle, de manquer d'air ou son contraire, d'avoir ou non de l'inspiration, d'avoir le souffle coupé, de soupirer d'aise ou d'épuisement...".

Toutes ces expressions, et bien d'autres, qualifient des situations courantes de notre existence. Chacune peut être interprétée à deux niveaux :

- le premier a un rapport direct avec la respiration, l'air qui entre et qui sort dans nos poumons, les échanges des volumes gazeux

- le deuxième fait référence à une manifestation plus subtile : celle de l'énergie que nous sentons ou que nous exprimons. Cette énergie dont nous avons plus ou moins conscience se manifeste à bien des niveaux : physique, psychologique, spirituel.

La vie ainsi présente en chacun de nous, dans le contexte du Yoga, se nomme Prana.
Prana est le substrat de vie présente à chaque instant dans l'univers (macroscopique et microscopique) à tous les niveaux. Il est l'axe de la roue de la vie : l'énergie qui crée, qui maintient, et qui détruit.

Ce mot "Prana" est formé :
du préfixe "pra" qui indique une direction vers l'avant, la constance,
et de la racine "an" qui veut dire, respirer, se mouvoir.

Prana est la force vitale originelle, force de mouvement constant.

Prana, énergie de relation

Des textes anciens, les Upanishads, comparent Prana à ce qui relie Purusha à Prakriti.

Purusha est un terme qui signifie : "l'homme qui habite dans la cité". Appelé aussi "drashtr". C'est le principe au plus profond de notre être qui voit et ne change pas : le principe de conscience (qui n'a pas à voir avec "avoir bonne ou mauvaise conscience") ce sens de drishya.

Prakriti est "la nature" en changement perpétuel. Elle représente tout ce qui peut être perçu (en ce sens elle est drishya), tout ce sur quoi nous pourrons agir : notre corps, notre mental, nos émotions, nos conditionnements...

Purusha et prakriti sont deux mots difficiles à traduire du fait même de nos conditionnements, de notre culture. Purusha, principe psychique universel, source de création, ne pouvant agir par lui-même, va animer (an), vivifier Prakriti, la nature, le principe physique universel, au moyen de Prana. C'est grâce à Prana que Purusha va s'exprimer en nous, dans chaque cellule de notre corps et au-delà.

En simplifiant, il est possible de dire que Prana est le souffle qu'envoie le créateur pour animer la nature. Prendre conscience de cette relation, en partant du mouvement en nous (du plus grossier ou plus subtil) pour "remonter" à la source est le but du Pranayama.

Nous avons vu que Prana est l'expression de la vie en nous, sous toutes les formes d'énergie possible. Vivre, c'est respirer bien sûr, mais c'est aussi parler, chanter, manger, penser, se déplacer...
Les textes vont diviser Prana en cinq souffles principaux selon sa manifestation.

Prana

(Le terme générique est ici employé pour désigner le particulier : on emploiera un "p" minuscule et non un "P" majuscule.)

Cette activité de Prana, prana donc, gouverne l'entrée de l'énergie vitale sous toutes ses formes dans le corps. Situé entre le larynx et le sommet du diaphragme, il commande plus particulièrement la respiration, mais aussi le fonctionnement du coeur (et partant de là, la respiration), la gestion des aliments.

Dans notre pratique, nous en prenons conscience à l'inspiration. La tendance naturelle de ce souffle est de monter. Est-ce pour cela que, sans contrôle, il nous arrive de monter les épaules, la cage thoracique lors d'une inspiration profonde ?

Lors de nos respirations conscientes, nous chercherons à maintenir ce "Prana d'énergie absorbée" en nous, en dirigeant l'inspiration vers le bas, et à en garder la conscience lors des arrêts poumons pleins. Nous verrons un peu plus loin un autre bénéfice du fait de cette direction vers le bas de l'inspiration.

Apana

Cette manifestation de Prana vient en réponse à la fonction d'ingestion, Prana. Apana est responsable des fonctions d'élimination, de ce qui sort du corps. Situé entre le nombril et le périnée, il contrôle les intestins, la vessie, l'air, les organes excréteurs et reproducteurs. Ils assurent l'expulsion de l'urine, des selles, du sperme et du foetus lors de la naissance. Il correspond à l'expiration. Son mouvement est descendant. Est-ce lui qui nous fait nous tasser lorsque nous poussons un gros soupir ?

Apana doit nous débarrasser de ce qui a vocation à sortir du corps, de ce qui s'accumule (aspect positif d'apana). Mais on parlera aussi d'apana pour désigner les résidus, les déchets, ce qui ne nous est plus nécessaire, qui est en trop (aspects négatifs).

En ce sens, apana, bien que localisé dans la partie basse du corps, représente aussi ce qui s'accumule là où il ne doit pas. Celle de l'énergie bloquée qui ne circule plus : du Prana qui est à l'extérieur du corps, qui ne peut plus nous nourrir. Toutes nos tensions, nos douleurs sont du Prana bloqué qui prend alors le nom d'apana. Plus nous sommes perturbés, plus notre énergie va à l'extérieur de notre corps, au détriment de l'intérieur.

Éviter cette dispersion du Prana, le rassembler en nous même, peut-être une traduction du mot pranayama. Apana, ce Prana qui nous quitte, nous le ramenons en nous à l'expiration que nous dirigeons du bas vers le haut. Un autre bénéfice de ce sens de l'expiration est expliqué à partir des schémas ci-dessous. C'est dans une zone située au centre du corps que se fait la remise en circulation de Prana, avec l'élimination des obstacles qui l'entravent.

Schéma des différents souffles en Yoga prana

Samana

Samana est le souffle responsable de cette zone. Entre la zone de Prana et celle d'apana, sous le diaphragme et un peu au-dessus du nombril, c'est là que samana gère l'équilibre entre ce qui entre et ce qui sort.
Harmonisant Prana et apana, samana est responsable de la digestion et de l'assimilation des aliments et de toutes les fonctions d'assimilation de notre corps physique. Symboliquement samana est dans la zone du feu.

Il est en effet possible de comparer l'homme à une chaudière, dont le foyer se situerait au centre du corps. Comme dans tout foyer les flammes se dirigent vers le haut, sauf lorsqu'un courant d'air vient en modifier la direction. Au-dessus des flammes, il y a l'air (la zone de Prana), et au-dessous, il y a des résidus plus ou moins bien consumés (la zone d'apana). La respiration contrôlée, le Pranayama, va nous permettre d'inverser ce processus.

En inspirant du haut vers le bas, nous amenons un courant d'air qui va inverser le sens de la flamme. Celle-ci vient alors sur les déchets qui vont d'autant mieux se transformer en cendre. Les temps de poumons pleins maintiennent en quelque sorte ce contact des déchets avec la flamme : la combustion n'en est que meilleure !

En expirant du bas vers le haut, les déchets sont rapprochés de la flamme qui les brûlera plus facilement. Les temps de poumons vides prolongent et renforcent ce rapprochement. Les postures inversées, en mettant la zone d'apana au-dessus de celle de Prana, nous offrent la possibilité de mettre les résidus directement sur la flamme. La pratique des bandha permet de maintenir les résidus proches de la flamme tout en amenant celle-ci dans leur direction.

Le Pranayama, c'est aussi en quelque sorte, s'assurer du bon fonctionnement de la chaudière ! Grâce aux techniques, nous jouons sur les "différents réglages" : apport d'oxygène, élimination des cendres...

Dès lors, nous pouvons comprendre l'importance de cette région de notre corps. Pour que le feu fonctionne bien il lui faut de la place, de la liberté afin que la rencontre puisse se faire entre Prana et apana.
C'est dans cette perspective que nous devons orienter notre pratique. Le diaphragme, membrane souple, joue un rôle primordial dans la liberté de samana.

Udana

Le "souffle qui monte (ud)", est la quatrième manifestation de Prana. Il commande la parole et les cordes vocales. Responsable des organes sensoriels et des organes d'action, il nous permet la communication avec l'extérieur. C'est lui qui nous donne l'envie de nous élever, de remonter à la source. Situé dans la gorge (pharynx et larynx), il régule également l'absorption de l'air et de la nourriture.

Vyana

Le souffle de la diffusion (vi), va gérer l'ensemble des souffles. Siègeant dans le coeur, il imprègne tout le corps en jouant le rôle de régulateur, en distribuant l'énergie provenant de la nourriture et de l'air.
Il assure "le transport" de la vie à tous niveaux dans l'espace et dans le temps.

Il existe d'autres souffles, chacun ayant un rôle bien précis : clignement de la paupière, éternuements, hoquet... Aucun de ces souffles n'est positif ou négatif. L'essentiel est d'en respecter l'équilibre.

Tous nous permettent de vivre, de gérer au mieux notre "nature personnelle".

Ils sont aussi une invitation formidable à vivre pleinement notre rôle sur terre, celui de lien vivant entre l'univers et le créateur, invitation à "caresser nos idéaux sans nous éloigner d'en bas" (chanson de Noir Désir)...

Dominique Adda
Lettre du Vif, numéro de janvier 2003