Yoga, vers la connaissance de soi

Auteur: 
IFY idf

 

YOGA,

  VERS LA CONNAISSANCE DE SOI

 

 

 

 Celui qui se tourne

 vers le yoga ressent au fond de lui un appel :

 le besoin vital de connaître son être profond,

 de découvrir sa vraie nature.

 Commence alors pour lui un long cheminement.

 


 

 

Accorder sa confiance

Au commencement il y a la confiance (shraddha). D’elle découlera tout le reste. Sans elle, rien n’est possible, comme l’enfant met sa confiance en ses parents, lien sans lequel il ne peut grandir, le témoignage de ceux qui sont plus loin sur la route, est là pour nous éclairer. Les croire, c’est d’abord les écouter. Confusément, nous pouvons déjà pressentir la réalité de notre dimension spirituelle mais l’aide d’un professeur est nécessaire pour nous guider sur ce chemin d’intériorité. La position juste consiste alors à donner sa confiance pour être prêt à recevoir l’enseignement.

 

Une démarche progressive

Ce retour sur soi nécessite du temps, de la patience, de la persévérance. C’est un long travail, un champ à cultiver sans relâche, mais sans forcer. Tout est question de dosage. Ce n’est pas par la force que l’on franchit le seuil qui mène au cœur de soi-même ! Peu à peu, la prise de conscience de cette dimension intérieure commence à s’installer de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps.

Seulement voilà, les rechutes sont toujours possibles et la vigilance est de mise. Malgré tout ce travail, nous ne sommes pas assurés du résultat ! Et comble d’ironie, Patañjali, l’auteur des yogasūtra, nous indique que les fruits produits par cet engagement quotidien, seront à abandonner (abhyasā-vairāgya). Nous attacher à la légère découverte, au bonheur ressenti, à la paix goutée est un piège si nous voulons coûte que coûte les garder et les posséder. En d’autres termes, il nous dit : « voyager léger, vous aurez plus de chance d’arriver ». Si je trébuche sur un obstacle, il me faudra me soigner, me relever et repartir, continuer, recommencer en utilisant tous les moyens qui sont à ma disposition. Quels sont-ils ? Que propose le yoga ?

 

Des instruments pour avancer

Le yoga est un outil aux multiples facettes (posture, āsana ; contrôle du souffle, prānāyāma ; concentration, chant et récitation de texte, méditation, dévotion active…) qui tendent toutes vers un seul but : la découverte de notre être profond.

Patañjali nous rappelle au quatrième chapitre des yogasūtra que la nature est auto évolutive. Notre véritable nature est là, lovée au creux de nous-même, en germe, en attente d’être développée, d’être délivrée. Mais les obstacles rencontrés sont nombreux et encombrent le chemin. Notre travail consiste à les ôter ou à les contourner. Le ménage est sans cesse à faire et à refaire car la poussière obscurcit cette lumière intérieure et nous empêche de voir clair. Pourquoi cette variété d’instrument ? Nous sommes tous différents et le yoga tient compte des individualités. Chacun cherchera puis trouvera les directions qui l’intéressent, qui lui plaisent, qui le font progresser et les proportions dans lesquelles il introduira telle ou telle activité dans sa pratique.

 

L’importance des textes sacrés

Consacrer du temps à chanter, à réciter des textes datant de plusieurs siècles en sanskrit de surcroît, voilà qui semble bien inutile et dénué de sens pour la majorité de nos contemporains. Et pourtant… Dès le début, nous nous retrouverons face à nous-même. Dans la confusion d’abord. De nouveaux repères sont à trouver. Le besoin d’aide se fait sentir sur chaque mot. Tout est à apprendre. Tout est difficulté. Grâce à cette expérience, je comprends mieux mes propres élèves et je pense plus judicieusement aux mécanismes d’apprentissage et de mémorisation qui doivent lentement se mettre en place. Puis, pas à pas, nous sortons de la confusion, les choses s’éclaircissent. Les sons, les syllabes deviennent identifiables, les mots reconnaissables, un début de sens se dessine. La pratique de la récitation chantée à la fois une tonicité générale (abdominale, dorsale et mentale) et un lâcher prise suffisant afin que les sons sortent clairs. A cette exigence de tonicité et de relâchement s’associe une concentration de tous les instants pour que les syllabes s’enchaînent avec justesse sur les longueurs, les accents toniques. Ainsi reliés à nous même, c’est bien du yoga que nous pratiquons. Par la répétition, ces textes commencent à nous habiter, ils deviennent disponibles pour nous aider à comprendre le monde, à agir avec discernement, à choisir la voie qui nous guide vers la découverte de soi.

 

Les bienfaits du yoga

A quoi tous ces efforts vont-ils servir ? Quels bénéfices vais-je en retirer ? S’il est vrai que le chemin apparaît quelques fois long et tortueux, il n’est pas moins vrai que certains bénéfices arrivent très tôt. Dès les premières séances de yoga, une amélioration physique et un bien être se font sentir. Profitons de ces instants savoureux où le corps se détend, se tonifie, se déploie, se libère.

Mais les beaux jours ne sont pas toujours là. Et, de temps à autres, quelques problèmes de santé viennent rompre l’harmonie : un rhume, un mal de dos, une rage de dents, une migraine. En surface, tout est trouble, remué. Pourtant si nous plongeons en notre centre, ce qui s’agite à l’extérieur perd de son influence. Laissant à la surface ce nez bouché ou ces maux de tête, nous retrouvons un endroit à l’abri des tourmentes extérieures, un lieu de paix inaltérable. Il y a en chacun une intériorité profonde à découvrir, un espace intime, un lieu de l’être, purusha… Chacun trouvera le nom qu'’il désire lui donner car cette réalité où tout est serein, inchangé, éternel dépasse les mots.

Quand le dérèglement physiologique est mineur et passager, cet endroit peut sembler accessible, mais quand la maladie est plus grave, irréversible peut être, est-il possible d’atteindre la paix ? Un ami me racontait être allé rendre visite à un homme atteint d’un cancer déjà très avancé. Et cette personne lui dit paisiblement : « Moi, je vais bien, mais ce corps à passer une mauvaise semaine ».

Bien que la maladie soit le premier obstacle cité à l’aphorisme I.30, l’exploration subtile de notre être intérieur accompagnée d’une grande lucidité sur nous-même, peut nous aider à atténuer nos souffrances (I.36) : il s’agit finalement de ne pas confondre notre vraie nature avec ce que nous ressentons (II.37). Se placer là, au centre de soi-même permet de mieux accepter les pathologies que l’on ne peut faire disparaitre.

Un moyen proposé pour atteindre l’état de paix intérieure est « īshvara pranidhāna». Il consiste à faire de son mieux et à se détacher des résultats de l’action entreprise, à accepter ce qui nous dépasse. Cette attitude quotidienne d’ouverture au plan profond suppose l’abandon à une force supérieure. Pour un croyant, la foi en Dieu est présentée comme le moyen le plus efficace.

Au niveau des tensions psychologiques, la recherche de ce lieu habité par notre être profond est une façon pour prendre un recul face aux agressions souvent répétitives de l’environnement. La prise de conscience de ce « principe intérieur » permet de relativiser les événements, de dédramatiser les situations quotidiennes, et pourquoi pas, se développer de l’humour sur soi au regard de nos réactions parfois inadéquates. L’amélioration de nos relations avec les autres devient tangible. Je reçois le bulletin de notes trimestriel de mon fils. Plutôt moyen, décevant. En un clin d’œil, mes mécanismes anciens se mettent en route : déception, réprimandes, demande accrue voire excessive de travail de ma part, relation autoritaire. Un temps d’arrêt… je réfléchis. M’assoir quelques instants, me poser, me « proposer » d’entrer en moi-même. Là, une évidence apparaît : « je suis libre de faire autrement ». Dans cet espace de liberté et de vérité jaillit une réponse différente au problème posé, une réponse avec plus d’amour, qui permet d’évoluer et non d’enfermer. Une réponse qui me libère de mes automatismes et libère aussi le jeune tout en le renvoyant à lui-même : « que ressens-tu ? Quelle place donner à ces résultats ? Que souhaites-tu modifier pour que cela change ? En fait, qui es-tu ? »

Se tourner vers l’intérieur réduit les obstacles (I.29), change notre regard, notre écoute, met en lumière ce qui est vraiment important : cet espace où nous faisons l’expérience du permanent, de l’inaltérable. Progressivement, nous pouvons vivre de plus en plus souvent dans la conscience de notre profondeur qui est disponible à tout instant, en toute circonstance. Il suffit d’y être attentif, de tenter de s’y ouvrir. Chemin faisant, le monde extérieur va perdre de son intérêt, la vie intérieure pourra devenir le sujet privilégié de notre recherche. L’unification de notre être est en cours. Pour qui le désire, il ne restera bientôt plus qu'’un seul objectif à poursuivre : la découverte de soi ou de l’entité spirituelle pour le croyant. Comment décrire ce plan profond qui nous caractérise en temps qu'’individu ? Est-ce un coin de paradis caché à découvrir ? Une présence spirituelle ? Est-ce vivre l’instant sans être parasité par le passé et l’avenir ? Est-ce différent pour chacun ? En fait de quoi s’agit-il ?

 

La nature sereine de l’âme

Il existe autre chose que le mental, cette autre réalité est supérieure au mental et en est le maître. Elle perçoit toujours tout, est un témoin qui nous habite. Le texte le nomme « drashtr », « celui qui perçoit ». Ce principe spirituel est toujours relié au corps, à la matérialité. Sa découverte patiente amène le détachement, améliore la compréhension de soi et accroit le discernement. La pratique du yoga nous mène à prendre conscience de « drashtr », notre véritable nature. « je » ne suis ni mon corps ni mon mental avec son cortège de sentiments, d’émotions, de réflexions : « je » suis «drashtr ». L’étape ultime est la capacité à distinguer le mental en paix qui fait partie du plan matériel (monde manifesté) et de « l’entité qui perçoit » qui fait partie du monde spirituel (non manifesté). Arrivé à ce niveau de conscience pure, s’épanouit un état de bonheur et de paix. La béatitude, la libération, la sérénité peuvent éclore. Cet état unifié l’état de yoga. L’enjeu est de taille. Toute une vie y suffit à peine. Mais quelle merveilleuse perspective !

 

Jocelyne Chavel-Boubour