Le yoga prénatal

Auteur: 
MLEKUZ Nathalie

 
A la fin de l’un de mes cours, une jeune femme m’a dit, très émue : « On ne m’avait encore jamais parlé de mon bébé comme ça ! ». C’est une phrase qui m’a beaucoup touchée. Et qui me semble parfaitement résumer ce qui se joue dans un cours de yoga prénatal.
 
Certes, les postures détendent, allègent, soulagent… Elles apportent un bien-être extrêmement précieux tout au long de la grossesse. Mais l’essentiel réside dans le lien que la future maman va, peu à peu, grâce à la détente, à l’ouverture, tisser avec son corps et à travers lui, avec ce tout petit être qui grandit en elle.
 
A côté du discours médical coloré par l’éventuelle présence de pathologies, du discours de la société de consommation qui insiste sur ce qu’il importe d’acheter pour accueillir au mieux son enfant, le yoga propose une parole reliée à l’être. 
 
Vécue sur le plan extérieur, la période si singulière de la grossesse est souvent ressentie comme une déformation. Les femmes deviennent grosses. Elles perdent leur silhouette de jeune fille, s’éloignent de mois en mois des normes imposées par les images médiatiques, se sentent lourdes, disgracieuses... Le yoga prénatal, à travers les postures, leur ouvre une perception beaucoup plus intériorisée et beaucoup plus vivifiante.

Dès le début de la séance, j’invite les personnes à fermer les yeux, à mettre au repos ce sens visuel (qui dans notre société est malheureusement le sens dominant alors qu’il est loin d’être le plus fiable pour percevoir le monde) pour privilégier le sens auditif, à travers l’écoute de ma voix, et la sensorialité, deux sens bien plus intéressants que le sens visuel pour se relier à leur bébé.  Une fois les yeux fermés, le corps peut-être perçu de l’intérieur et non plus de l’extérieur, c’est-à-dire qu’il devient mouvant, vibrant, vivant au lieu d’être figé, enfermé dans une forme. Le corps, en temps normal, est toujours changeant, il n’est jamais le même d’un jour sur l’autre, d’une semaine sur l’autre mais pendant la grossesse ces changements sont beaucoup plus nombreux et très rapides. Le yoga prénatal permet aux femmes d’intégrer, pas à pas, ces multiples transformations et non simplement de les subir. Leur bassin devient le premier berceau de leur bébé et elles sentent qu’elles peuvent avec un simple mouvement de bascule ramener leur enfant vers l’intérieur des hanches et lui permettre de se sentir bien en sécurité.
 
Les respirations qui vont être très utiles le jour de la naissance pour affronter les contractions, sont également très précieuses à pratiquer régulièrement pendant la grossesse. La respiration de la vague (une grande vague de souffle qui part depuis le dessous des pieds, qui monte jusqu’au sommet du crâne à l’inspiration et redescend dans une grande douche de souffle à l’expiration) permet, en fin de journée, d’éliminer le stress. La respiration ventrale (L’inspiration ouvre l’espace pour le bébé, l’expiration amène de la détente) offre à la maman la possibilité d’entrer en relation profonde avec son bébé : les mains sont posées sur le ventre, elles sont nourries de présence, d’attention, de tendresse, d’affection et elles sont aussi réceptives, prêtes à accueillir ce que l’enfant souhaite, lui aussi, partager avec sa mère, ce qu’il a d’ores et déjà envie de lui faire connaître de lui. C’est une respiration qui peut vraiment permettre de vivre de très beaux moments d’échange, de complicité, de communion.
 
Enfin, le moment de relaxation finale se termine par une invitation à se relier encore un peu plus profondément à la présence de cette nouvelle vie en soi (perceptible ou peut-être encore imaginaire en tout début de grossesse), au mystère de cette présence, à sa beauté, à sa dimension sacrée…
 
Au-delà de l’accompagnement tout au long de la grossesse, le yoga prénatal défriche également le chemin vers l’accouchement, cette incroyable ouverture du corps si difficile à concevoir par la pensée et l’imagination, ce passage aussi douloureux que miraculeux de la vie à travers soi. Les cours donnés lors des deux derniers mois tentent ainsi de préparer au mieux les femmes pour la traversée de ce qui est à la fois une effroyable tempête mais aussi un moment de lumière, d’éveil, un accès accéléré à la dimension spirituelle de l’être, qu’il est très dommage de vivre –même si cela peut paraître sur le moment bien plus confortable- en partie anesthésiée…
 


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PARTAGE DE LECTURE: LA SAGESSE DU DESIR Christiane Berthelet Lorelle



LA SAGESSE DU DESIR – Christiane Berthelet Lorelle – Seuil (2003)
 

Christiane Berthelet Lorelle est professeur de yoga, et psychanalyste lacanienne. Cet ouvrage présente au travers quelques uns des comptes-rendus cliniques, le double travail qu’elle met au service de ses patientes, souvent professeurs de yoga. Car si le yoga permet de s’alléger des causes de la souffrance, pour elle seule la cure analytique permet le changement radical nécessaire qui parfois se fait attendre… toute une vie.

L’hypothèse de fond de l’ouvrage est que la méconnaissance psychique constituée par le refoulement rencontre au cœur de l’histoire de l’être humain l’ignorance spirituelle que Patanjali nomme avidyâ. Conjuguant yoga et analyse, CBL cherche à faire tomber l’ego et sa jouissance mortifère. A l’occasion des mouvements de la vie psychique, de l’expression des résistances, du dévoilement de l’inconscient et de la mise en œuvre du transfert le lecteur peut ressentir comment postures et méditation d’une part, la cure par la parole d’autre part, peuvent se répondre dans des effets repérables.

Elle écrit : « Désir de reconnaissance et narcissisme impliquent toutes les stratégies inconscientes de celui ou celle qui continue d’entretenir, fût-ce dans une technique telle que le yoga, ce qu’il n’a pas consenti à perdre… A occuper cette place d’enfant magnifique, visant à incarner la loi du Père, le sujet hystérique ne consent pas à faire de l’autre son égal. Il souhaite en rester le maître (…). Il serait donc illusoire de penser qu’il suffit de faire du yoga pour renoncer à sa suffisance – de nombreux exemples témoignent du contraire – de même que beaucoup ne permettent pas à leur analyse de les dépouiller de leur infatuation.
L’ego (asmitâ) apparaît donc ici comme un roc de la structure. Et s’il est mis à l’épreuve dans la cure analytique par le biais de l’enfant phallique qui réapparait au grand jour, il représente l’obstacle de toute quête spirituelle dont l’éthique fraternelle est le dessein. Patanjali a fait du yoga un travail qui mène d’avidyâ, l’ignorance (le fait de ne pas voir, ou le refus de voir), à vidyâ, ; la lucidité ; et ce « voir » prend la valeur d’une réalisation spirituelle lorsqu’il parvient à déloger le sujet de son égocentrisme (asmitâ). Il revient alors à la personne qui s’engage dans cette voie, si sa recherche dépasse l’autosatisfaction posturale, de mettre en question les relations de domination égotique auxquelles elle soumet ses pairs. (…) Pouvons-nous laisser lettres mortes les intuitions de Patanjali à propos des klesha quand elles trouvent dans la clinique analytique tant d’écho à leur pertinence ? »

Il faut bien donner le change dit l’hystérique, si occupé(e) de lui/d’elle-même, arcbouté(e) dans son refus de la psychanalyse. Reprenons en guise de conclusion les dits de CBL : « Noyau de toutes les servitudes et de bien des souffrances, il (l’ego) entraîne avec lui maints déboires relationnels ».

Outre les yogas-sutras auxquels elle se réfère constamment, l’autre référence majeure de l’auteure réside dans « Les entretiens sur la théorie et la pratique -TKV Desikachar » (UEY 1980) sans oublier Levinas, Bouanchaud, T. Michaël et bien d’autres.

On peut seulement regretter que ne soit pas reprise en fin d’ouvrage la bibliographie émaillée au fil des 517 pages de ce livre passionnant.