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Journée des professeurs et professeurs en formation - 20 mars 2016

Journée des professeurs et professeurs en formation 20 mars 2016

 

Une belle journée, à la veille du printemps, qui a rassemblé 26 professeurs des régions de Bretagne et de Pays de la Loire, au CREPS de Nantes. Elisabeth REMY était la Formatrice IFY invitée cette année. Son intervention portait sur le thème du Pranayama, « Souffle, Santé, Vitalité ».

« Pour partager l’expérience de ce souffle qui, Selon l’humeur, change.
Respirer avec aisance et liberté,
Relier l’extérieur et l’intérieur,
Sentir l’énergie nous animer,
Eprouver notre profondeur… »

Apprivoiser ce souffle pour qu’il nous serve à protéger notre santé, pour qu’il nous apporte cette nourriture qui nous anime et nous maintient en vie,
« respirer, c’est vivre ».

  • Le Son

Le chant d’un mantra a ouvert cette journée : om ayur dehi, une demande de protection concernant notre santé.

3 autres mantras ont été semés dans la pratique du matin, pour faire appel aux différents aspects du souffle vital :

Om pranam dehi en lien avec le souffle PRANA
Om apanam dehi en lien avec le souffle APANA
Om vyanam dehi en lien avec le souffle VYANA
 
Associés à la pratique des postures, ces mantras d’abord chantés à haute voix puis mentalement, ont favorisé un allongement de l’expiration et une concentration qui s’est installée progressivement.

Elisabeth REMY nous indique que le Yoga du Son, Nada Yoga, doit être utilisé dans le respect des personnes. Certaines ne sont pas à l’aise avec le chant des mantras et même avec le chant des voyelles. Il est important de rester dans AHIMSA, le principe de non-violence dans son enseignement.

De plus, les vibrations produites par le chant, traversent les différents plans (physique, énergétique, émotionnel, mental…) et viennent toucher directement la personne dans son Etre.
 
  • La pratique du matin

La pratique du matin a permis à chacun d’expérimenter différentes techniques et de vivre certains états de détente et de concentration, résultant de ces régulations du souffle.

Cette expérience s’est ensuite transformée en échanges riches autour des YOGA SUTRA de Patanjali en lien avec le Pranayama.

Les Sutra I 34, II 49, II 50, II 51 et II 52 ont été revisité en sous groupes.

Elisabeth REMY a apporté des points de vue sur la lecture de ces textes qui ont orienté nos réflexions :

Le I 34 et le II 50 peuvent décrire le Pranayama comme un moyen et une méthode pour atteindre un état de « non pensé » en lien avec le sutra I 2 CITTA VRITTI NIRODHA.

D’autres en donnent une définition comme le II 49.

Et enfin, le II 51 et le II 52 nous indique les résultats du pranayama.

« On enlève ce qui cache la Lumière »

A l’image du diamant qu’il faut polir pour qu’il brille, le pranayama et le chant érodent les grains de sable à sa surface.
Ils permettent de sortir de nos projections, de voir les choses différemment.

Extraits des échanges :

BAHYA ABHYANTARA
 
Elisabeth REMY insiste sur le fait de travailler d’abord sur l’Expiration avant l’Inspiration.

En effet, l’Inspiration symbolise notre relation au monde, ce que l’on fait entrer en soi. Cette énergie qui donne vie et nous anime dans cette zone de notre thorax, KURMA NADI, qui est aussi une zone émotionnelle. Il faut que la personne à ce niveau soit suffisamment stable pour pouvoir accueillir cette énergie car elle peut aussi animer les VRITTI, nourrir l’agitation mentale, le volontarisme et l’égo.

L’Expiration représente ce que l’on fait sortir de soi, PRACCHARDANA ,« vomir » les choses qui nous engluent, qui sont lourdes et qui nous encombrent.
Le Yoga nous aide à nettoyer, à purifier notre corps et notre mental pour diminuer les causes de nos souffrance, en portant sur notre vie un autre regard.

Le travail sur le souffle doit lui permettre de se déployer dans nos espaces intérieurs pour que nous puissions mieux habiter « notre maison », notre corps.

Au niveau des asanas, toutes peuvent se faire sur l’Expiration mais pas sur l’Inspiration. Ce dernier augmente la pression interne et dans certaines positions cela peut faire plus de mal que de bien.
Ex : Torsions et étirements latéraux que sur l’Expiration pour protéger la colonne vertébrale.

• STAMBHA
 
Sur les temps de retentions poumons vides en particulier, Elisabeth REMY nous invite à ne pas utiliser le mot blocage et parle plus de « se poser quelque part ».

Le choix des mots dans le guidage d’une pratique est important. Les mots ont un pouvoir. Ils créent des résonnances au niveau corporel et mental (souvenirs, émotions…). Il vaut mieux quelques fois se taire, faire silence pour que l’expérience se fasse.

Au niveau technique :

Les KRAMA d’abord corporels puis respiratoires permettent d’installer ces temps de suspensions.

Le décalage mouvement et souffle permet aussi de mettre en place les temps de suspensions et de renforcer de la présence dans certains lieux corporels.
Ex : APANASANA sans les bras, démarrer l’expiration avant le geste et garder le temps poumons vides.
Cela amène à vivre cette posture différemment en évitant d’enrouler les lombaires. On se protège et on renforce sa base.

Ces techniques favorisent le déploiement du souffle dans certains lieux du corps et y amènent de la conscience.

La formatrice nous indique l’importance de travailler le pranayama sur le corps en mouvement avant d’aller vers une pratique en assise.
Elle évoque aussi une autre possibilité, faire du pranayama couché sans les mains sur les narines en visualisant la circulation du souffle.
 
• SUKSHMA
 
Le point le plus important, garder un souffle subtil.

En effet, nos erreurs sur la pratique du pranayama se traduisent par un souffle raccourci, bruyant et un rythme cardiaque qui s’affole.

• Le 4e Pranayama
 
C’est un état. On ne peut le décrire avec des mots.

Pour s’en rapprocher on peut dire que c’est un état dans lequel le souffle s’écoule avec une certaine présence sans volonté.

Une pause déjeuner conviviale a permis de poursuivre ces discussions entre professeurs.

  • Pratique de l’après-midi

L’après-midi, Elisabeth REMY a proposé une réflexion autour de la mise en place d’une progression, un VINYASA KRAMA, dans l’approche du Pranayama en cours collectifs.

Cela a été suivi d’échanges autour de son expérience d’enseignante et de sa façon d’aborder les différentes techniques.

Les professeurs ont pu y trouver de nouvelles pistes de réflexions autour de l’approche du souffle et aussi enrichir leurs palettes d’expériences pour « nourrir » à leur tour leurs élèves.

Extraits des échanges :

La respiration par le nez :
 
Proposer une argumentation pour donner du sens : filtres naturels, réchauffe l’air, la bouche est l’organe de l’alimentation…
Rassurer les personnes.

Prendre conscience de sa respiration : mouvement de l’Inspiration et de l’Expiration.
 
• Faire découvrir l’Expiration.
 
Mouvement du souffle qui amène la détente corporelle et mentale.
Se rapprocher de sa symbolique, « faire sortir de soi, vider, se séparer… ».
 
• Amener de l’harmonie et de la fluidité dans la coordination des gestes et du souffle
 
• Placer l’orientation du souffle, Prana et Apana :

Inspiration qui descend et Expiration qui monte en suivant l’axe de la colonne vertébrale.
 
• Faire découvrir les temps de suspension.
 
D’abord le temps de rétention poumons vides, le plus facile.
Puis le temps de rétention poumons pleins, mais attention, ne pas aller trop vite.
Prudence sur le temps plein pour éviter des risques physiologiques dû à l’augmentation de la pression interne et le réveil de la volonté, des VRITTI.
 
• Pour le comptage des différentes phases de la respiration, on peut commencer par réciter un mot ( 1fois, 2 fois,3 fois…), les notes de musique, les jours de la semaine puis les chiffres, les mantras … Créer des progressions. Tout cela en restant dans le confort et le subtil.

Ne pas oublier que la Tradition du Yoga que l’on enseigne vise l’APAISEMENT et la STABILITE.

La pratique de fin d’après midi a clôturé cette journée dans la détente et la bonne humeur.

Merci à Elisabeth REMY pour ce temps riche d’expériences et d’enseignements.
 
Mitsuko LESPAGNOL

ENSEIGNEMENT / Le Yoga Sutra de Patanjali

ENSEIGNEMENT : Le Yoga Sutra de Patanjali - Article paru dans le journal IFY Loire Ocean  décembre 2012




"CITTA"

Que voyons-nous ?

QU'EST-CE QUE LA CONSCIENCE ?

comment fonctionne notre mental ?

Question d'un élève :

"Comment arrêter le petit hamster là-haut qui tourne dans sa cage ?"
"je cogite, je rumine, je crois que, je pense que, je fais des films..."
Comment calmer cet état d'esprit ?

Définition de Citta :

dérivé de la racine sanskrite CIT qui signifie "conscience libre de toute condition"
CITTA désigne notre mental conditionné par l'éducation, la religion, la culture, nos habitudes ...


Dans la tradition :

CITTA est comme un lac tourmenté par le vent. Le dessus est perturbé même si en dessous le fond est calme. Le mental agité voile le fond du lac empêchant de voir CIT, la conscience libre.

Autre image de la tradition :

Le mental est comme un petit singe piqué par une abeille : il saute partout !

Outils de perception :

Nos cinq sens offrent la possibilité de percevoir le monde et de nous percevoir nous-mêmes à travers nos sensations, émotions et sentiments.
Le Yoga Sutra expose que notre mental CITTA est perturbé par notre distraction (Viksepa) entraînant des "fluctuations" au-dessus et aussi au fond du lac :

  • le raisonnement (Pramana) en lien avec les cinq sens, ce que je perçois par mes sens, ma sensorialité
  • la conception erronée (Viparyaya), ma perception est-elle juste ?
  • l'imagination (Vikalpa), illusions, création, mes films intérieurs
  • le sommeil profond (Nidra), comment est mon sommeil ? récupérateur ou pas ?
  • la mémoire (Smrtti), mes savoirs, acquis, souvernirs ...
CITTA est un outil de perception qui nous permet d'entrer en relation et en communication. Comment est mon outil ? Toujours en mode automatique ?

Quotidien :

  • A : bien que randonneuse chevronnée, arrive à se perdre en suivant ses cartes : des rêveries intempestives l'entraînent dans le mauvais sens. Plus concentrée A trouve de suite son chemin et évite des kilomètres inutiles
  • C : enseignante, se présente à son RdV de 11h .. avec 24h d'avance ! La prochaine fois C regardera son agenda avec soin avant de se déplacer
  • M : mère de famille, en retard pour l'école, cherche la clé de la voiture. Sac, clou de l'entrée, poches ... La clé est restée sur la voiture ! M décide de la ranger dans une petite poche de son sac à main à chaque fois pour éviter cette situation très désagréable.

Sur le tapis :

  • N : en posture debout, s'aperçoit qu'elle a les yeux fermés alors que le professeur demande à chaque fois de garder les yeux ouverts.
  • J : réalise que sa pratique s'individualise de plus en plus au fur et à mesure des cours collectifs. J reste dans ses propres capacités sans s'occuper de ce que font les autres élèves
Et vous constatez-vous des pensées pendant votre pratique ?

Citation :

"L'esprit est difficile à maîtriser et instable. Il court où il veut. Il est bon de le dominer.L'esprit dompté assure le bonheur" Boudha

"Le mental intuitif est un don sacré et le mental relationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don" Albert Einstein

YOGA SUTRA 2 Chapitre 1

Yogah citta vritti nirodhah
Le yoga permet l'arrêt des fluctuations du mental

Je suis ce que je pense, je pense ce que je suis, je deviens ce que je pense.
Comment agir alors ?

Dans le prochain article :

Comment concrétiser ma pensée ?


KAMA, le désir

KÄMA Le désir, en français. Mais cette traduction a-t-elle le même sens qu’en sanskrit ?
Comme à mon habitude quand je fais une recherche sur un thème, je descends les dictionnaires des étagères. Le Larousse ne m’a pas apporté plus que ce que je devinais déjà :
Désir, action de désirer, c’est-à-dire
     1. de souhaiter la possession ou la réalisation de.
     2. Eprouver un désir physique, sexuel à l’égard de quelqu’un.
Jusque-là, tout va bien, j’avais compris le terme.


Le Dictionnaire Historique de la Langue Française apporte un éclairage particulièrement intéressant sur la construction et l’histoire du mot désir jusqu’à nous.
Désirer vient du latin desiderare, construit avec le privatif de et sideris venant de sidus : les astres. Le verbe latin signifie littéralement « cesser de contempler (les étoiles) », d’où moralement « constater l’absence de » avec une forte idée de regret. L’idée première de « regretter l’absence » s’est effacée derrière l’idée positive et prospective de « chercher à obtenir, à souhaiter » C’est ce sens, déjà usuel en latin, qui est passé en français, avec une spécialisation supplémentaire dans un contexte galant pour « aspirer aux faveurs d’une femme ».
Ainsi donc, quand on est coupé d’avec les étoiles on cherche à les retrouver ? Comme le paradis perdu ?
Et c’est le désir qui va nous mettre en route ?
Voyons cela plus en détail.

Le dieu Kama.


Sans doute le plus ancien des dieux, Kâma a fait surgir dans l’esprit du créateur le désir d’autres êtres. Kâma est un beau jeune homme, monté sur un perroquet, armé d’un arc fait de canne à sucre et de flèches faites de boutons de lotus. Il est accompagné de son épouse Rati, la volupté.
C’est le temps où Shiva s’est retiré dans l’Himalaya pour méditer et observer une continence totale et une ascèse profonde à la suite de la mort de Sati qui s’est immolée parce que son père désavouait son attachement à ce dieu turbulent. Sati renaît en Parvati, et est toujours amoureuse de Shiva. En silence elle s’installe auprès de lui. Elle espère attirer son attention et gagner son amour, pour cela elle pratique les mêmes exercices, suit les mêmes rites que lui.
Mais c’est aussi le temps où le monde est menacé par Taraka, un démon à qui Brahma a accordé l’invulnérabilité. Seul un descendant de Shiva pourrait le détruire. Mais comment faire, puisque Shiva médite et médite encore.
Les dieux font alors appel à Kâma, qui se rend auprès de Shiva accompagné de Rati son épouse. Après avoir trompé Nandin, (le gardien de la porte qui protège l’ascétisme de Shiva) en se transformant en une brise parfumée, il reprend sa forme habituelle, guette Shiva pendant 60 millions d’années et décoche sa flèche. Shiva ouvre les yeux, voit enfin Parvati et est empli de désirs pour cette belle femme à l’attitude si pure. Courroucé d’être interrompu dans sa méditation, il comprend que c’est le fait de Kâma, il le découvre et le réduit en cendres. Mais il se tourne quand même vers Parvati et lui promet d’accomplir son vœu le plus cher. Parvati répond : « Que Kama vive et chauffe le monde !
Shiva et Parvati s’unissent, un fils, Kumara, naît de cette union, et mettra à mort le démon Taraka. Kâma a bien rempli sa mission. Il vivra puisque Shiva l’a promis, mais sans corps.

A la lumière de cette légende ou plus précisément allégorie, nous percevons bien les deux éléments existants déjà, mais qui côte à côte ne donnent rien, si ce n’est l’attente : Shiva en tant que conscience pure, semence première, essentielle ou principe masculin et Parvati que je vais traduire en Shakti, puissance de créativité, de fécondité ou principe féminin.
Dans le samkhya dont s’inspire le yoga, ces deux principes fondamentaux sont respectivement nommés Purusha et Prakriti.

Kâma porte de nombreux autres noms qui sont très éclairants sur son mode d’ action.
Dipaka (l’Allumeur) ; Gritsa (le Pénétrant) ; Mayi (le Trompeur) ; Mara (le Destructeur) ; Ragavrinta (le Chemin de la passion) ; Titha (le feu) ; Ananga (Sans corps).
Avec des qualificatifs comme ceux-là, il n’est plus possible de remplacer désir par envie, ce qui se fait souvent dans le langage courant.

Kâma n’a plus de corps, justement cela lui permet d’être et d’agir partout dans le monde sans être vu. Il est pénétrant, s’immisce ainsi profondément dans toutes les strates de l’individu. Il met parfois du temps à se révéler, mais il est là depuis toujours, attend que l’on soit prêt à le reconnaître (60 millions d’année pour Shiva !)
Il est le feu de la vie, celui de la transformation et celui qui réchauffe, l’énergie qui permet une mise en marche vers une autre personne, un objet, une action, plus de spiritualité. Il nous fait parfois prendre des virages à 180°, surtout aux environs de la quarantaine, ou au détour d’un évènement. Alors nous sommes comme portés, les obstacles ne nous font plus peur. Le mot qui convient le mieux pour définir cet état est « enthousiasme », du grec enthousiasmos : transport divin. Voilà une aide tout à fait appropriée pour nous rapprocher des étoiles que nous regrettions de ne plus voir. Sur ce chemin de la passion (raga) certains se rendent compte d’avoir pris des vessies pour des lanternes, d’autres n’ont peut-être pas la structure émotionnelle, affective ou spirituelle suffisamment stable pour éviter la destruction. Je pense à certains grands artistes comme Camille Claudel ou Vincent Van Gogh.

Nous sommes issus de la Création, de la fusion des deux entités Shiva et Shakti et ne sommes pas des dieux, mais des êtres vivants de par notre corps, notre mental et notre spirituel. Et toute notre recherche en yoga est issue du désir de retrouver cette fusion entre ces deux principes, de nous relier (étymologie du mot yoga) à la Création.
Désir de grandir, d’apprendre ; désir d’être autonome, d’être reconnu parmi les siens ; désir d’être accordé avec soi pour connaître la paix.

Et quoi de plus simple pour se relier que d’utiliser nos sens dont la fonction est justement d’établir le lien avec l’extérieur. C’est ainsi que les enfants apprennent le monde, et plus nous les développons, plus notre perception sera large et juste. Retrouvons cet enthousiasme et l’émerveillement des découvertes de l’enfance. D’autant que le désir est associé au plaisir : l’épouse du dieu Kâma n’est-elle pas la volupté ? Si le plaisir n’est pas suffisamment nourri, il y a frustration, aigreur, dessèchement…
Plaisirs des sens ? Facile ! Et pourtant, comme il est difficile de les vivre ou d’en parler sans crainte d’être jugé. Nos religions ont laissé des traces tenaces dans notre mode de pensée à propos du plaisir et de la sensualité. Toutefois pour mériter tout son sens dans notre quête de l’Unité, il y a une restriction à lui imposer : Ahimsa, (ne pas nuire.) et une obligation : celle de nous ouvrir à plus grand.

Plaisir du toucher, toucher et être touché. C’est dès la naissance que ça commence. En Inde et en Afrique, les mères massent beaucoup les enfants, pour « les finir » disent les africaines. Un bébé nourri convenablement, mais insuffisamment touché avec bienveillance, ne va pas se développer correctement ; il peut même se laisser mourir. Plaisir de la caresse amoureuse qui met tout notre système sensoriel en émoi, et celui du massage qui nous met en paix quand il est reçu dans la sécurité. C’est un plaisir très intime, d’où la nécessité du respect de l’autre, car celui-ci est tout proche.
Plaisir du goût, surtout quand il est déjà introduit par l’odorat ou la vue, voire les deux. Et on peut faire durer le plaisir en mâchant lentement, le goût occupe alors toute la bouche et laisse entre percevoir d’autres nuances. Ce qui a l’avantage de se sentir nourri sans s’alourdir. Quel déplaisir de manger quand on a un rhume et qu’on n’a plus le goût des aliments !
Regarder un ciel, un paysage, sans jugement (il fait trop chaud ou trop froid, l’arbre est de travers, c’est plus beau que là-bas…) Regarder, en conscience, entraîne à voir. L’arbre n’est plus seulement un volume dans le paysage, mais un élément vivant lui aussi, issu de la Création. Ce n’est plus alors de la rêvasserie.
L’ouïe. Ce sens qui nous ouvre à l’espace. On entend à 360° alors qu’on ne voit qu’à 150° (à moins de tourner la tête). Ecouter les bruits environnants à un effet magique : au niveau physique, cela détend les muscles du visage et la mâchoire, et sur un plan plus large, cela nous ouvre à plus loin, plus grand et étonnamment, nous recentre. Toutes les cultures ont développé la musique et le chant. Ils accompagnent les moments importants de notre existence et imprègnent notre mémoire. Suivant nos affinités, nos goûts nous pouvons faire appel à eux pour nous faire du bien.



Devenu plus grand, du moins en âge, se présente le désir des biens matériels. Qui peut prendre l’aspect d’une course à la possession de toujours plus. Mais ce qui émerge dans ce désir est celui d’être reconnu socialement, d’être responsable envers les besoins de sa famille, d’être respecté dans son travail. Et si ce désir n’est pas satisfait, il s’ensuivra une sensation d’insécurité voire d’infériorité.
C’est aussi à cette époque de l’âge adulte que se présente le désir de changer de vie, quelque chose à l’intérieur nous propulse vers un autrement. Transmettre le yoga a résulté pour moi de ce processus. L’idée m’est venue d’un coup (comme un coup de foudre, et d’ailleurs mon cœur s’est mis à battre très fort) par un concours de circonstances et m’a tenue éveillée pendant trois nuits jusqu’à ce que je reconnaisse son évidence derrière son caractère impérieux. Et tout s’est mis en place, comme dans un rêve. Cela fait 23 ans.
De même sur le plan de la spiritualité, c’est le désir qui nous mène à des pratiques nous permettant de progresser et de nous élever. Et là-aussi, dans le plaisir, celui de découvrir cette liberté respiratoire qui délie le corps et le cœur, celui de vivre, ce que j’appelle des instants d’éternité et qui sont des instants de grande présence à de simples choses. Les yoga-sutra ne parlent pas de Kâma, mais de quelque chose qui y ressemble fort. Ashisha, YS IV.10 La pulsion de vie. Mais si les yoga-sutra ne traitent pas du désir, ils parlent de fusion : samprayoga, la fusion avec la divinité d’élection. YS II.44 Et Samprayoga est le titre du dernier livre du Kâma-sutra.

Bibliographie : Yoga sutra de Patanjali
                            Le Grand Larousse des Mythologies du Monde
                            Amour, Passions et Spiritualité. Daniel Odier.

Photos :   Représentation de Kama dans le grand Larousse des Mythologies du Monde
                 Reflets et réflections. Crépuscule sur le lac de St Aignan de Grand lieu .


Assemblée générale IFY Loire Océan : compte-rendus et bilan

En pièces jointes vous trouverez tous les documents relatifs à l'assemblée générale du 18 octobre 2014 :

- Compte-rendu de l'assemblée générale
- Rapport moral
- Prévisions des activités pour 2014-2015
- Rapport financier 
- Bilan 2013-2014
- Compte-rendu du conseil d'administration du 18 octobre

Bonne lecture.

Agnès Moriconi
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__BilanIFYLO2013-2014.pdf295.44 Ko
Rapport_financier_IFY_Lore_Ocean_2013_2014.pdf173.29 Ko
rapportmoralAG2014.pdf114.71 Ko
CRAG2014.pdf172.74 Ko
Projets2015.pdf68.78 Ko
CRCAoctobre2014.pdf159.49 Ko

ADHI SHANKARA , philosophe, réformateur, métaphysicien et commentateur

Grand réformateur de l’hindouisme, Shankara est un personnage historique autour duquel s’est construite une légende (788 – 820 après JC). Considéré comme un grand maître, la légende voit en lui un « Avatar » (d’origine divine). Fondateur de plusieurs écoles de doctrines, il a eu au cours des siècles un grand nombre de disciples.






Aujourd’hui encore certains se réclament de sa philosophie spirituelle et transmettent ses enseignements.

La légende
Avant sa naissance, ses parents furent visités par le dieu Shiva. Il leur demanda de choisir entre de nombreux enfants à la vie ordinaire ou un seul fils dont l’existence extraordinaire aurait une renommée exceptionnelle. Sans hésitation ils choisirent l’enfant prodige. Ainsi naquit dans le Kerala (sud de l’Inde), Shankar dont le nom signifie « qui apporte la Félicité ».

Dès son plus jeune âge, il se révèle d’une intelligence hors du commun. Sa mère, aimante et fière de son fils âgé seulement de 8 ans, refuse de le voir partir pour devenir sannyasin (ascète). Un jour se baignant avec son fils dans la rivière proche de leur village, un crocodile attrape la jambe du petit garçon et menace de l’emporter vers le fond. Sa mère affolée fait le serment de le laisser partir s’il survit. A cet instant, l’animal lâche l’enfant. Shankara a alors la prémonition que sa vie sera de courte durée et qu’il n’y a pas un moment à perdre pour accomplir son œuvre. La légende raconte qu’il parcourt toute l’Inde pour rejoindre son « Guru » : Govindapada.

Le yogi

Animé du désir d’atteindre le samadhi (libération), il pratique le yoga, la méditation et étudie les textes védiques sous la conduite de son maître. A l’âge de 12 ans il est déjà considéré comme un sannyasin accompli, il fait des miracles grâce à ses pouvoirs acquis par sa pratique et connait tous les védas*1. Son guru lui donne pour tâche de commenter et de réformer l’ensemble des textes. Il achève ce travail de réécriture à l’âge de 16 ans. A partir de ce moment et ce jusqu’à sa mort dans l’Himalaya à l’âge de 32 ans, il ne cessera de parcourir l’Inde, afin de transmettre son enseignement.

Son enseignement

Au VIIIème siècle, la religion hindoue connait une grande crise. Divisée en une multitude de dieux, de sectes, de cultes divers, les rituels archaïques ou dévoyés prônaient des sacrifices animaux et parfois même humains. Outre les querelles sanglantes entre les différents courants, une partie des fidèles commençaient à déserter les temples au profit du Bouddhisme, alors plus pacifique, tourné vers la pratique de l’amour et de la compassion. Shankara réformateur des textes védiques arrive à convaincre par son intelligence, ses capacités d’orateur et quelques miracles, les prêtres et les fidèles de l’hindouisme que les dieux ne demandent pas du sang sacrificiel. Les offrandes de fleurs, de lait, d’épices et d’encens par leur subtilité sont mieux accueillis par des dieux qui vivent dans des mondes éthérés. Face à la multitude des divinités qui s’affrontent, il enseigne la supériorité de Brahmâ comme principe divin unique. Il se base pour cela sur les commentaires novateurs qu’il fait des principales Upanishads*2 et de la Bhagavad Gita*3.

Son oeuvre

Shankar est le fondateur du courant dominant de la philosophie indienne: l’Advaita Vedanta, ce qui signifie « non-deux » connu également sous le nom de monisme. Pour ce courant philosophique tout se fond dans une seule et même énergie, notre ignorance est responsable de notre vision erronée de la réalité. Le principe divin se « partage en trois facettes : Brahmâ le créateur qui contient les deux suivants, Vishnou qui maintient et protège la création, Shiva qui détruit ce qui doit disparaitre.

A la fin de sa vie Shankar aura fondé 4 grandes écoles védiques aux 4 coins de l’Inde et 10 ordres monastiques pour les différents cultes aux dieux auxquels tenaient les hindous, encore en vigueur de nos jours.

Ses écrits : Outre la réécriture et les commentaires de l’ensemble des textes védiques, il est l’auteur d’un texte dans lequel il « résume » sa philosophie et sa vision spirituelle :
Vivéka chudamani : « le joyau suprême de la discrimination » (dans le sens clairvoyance entre le réel et l’irréel). Sous forme d’un dialogue entre le maître et son élève, ce dernier parvient au fil des questions réponses à atteindre la libération en prenant conscience de la non dualité. La question pivot du dialogue est : qui suis-je? Qui est ce « je » ? En expliquant qu’il n’est pas ce corps physique même s’il l’habite, qu’il n’est pas le mental, qu’il n’est pas le corps d’énergie, ni celui de connnaissance, ni celui de joie mais ce qui englobe tout et le transcende. Pour finalement atteindre l’état de « Sat- cit- ananda » : Etre (éternel équilibre) Esprit (conscience connaissance claire sans limite) Félicité (extase, Joie, plénitude sans condition). Il explique aussi dans ce texte que pour lui, le but ultime du yoga est de sortir le pratiquant de la dualité. C’est ce qu’il nomme la voie royale : Raja Yoga.

Citations de Shankar « La distinction entre le connaisseur, la connaissance et le connu n’existe pas pour le Soi suprême. Etant l’unique conscience et félicité, il brille par lui seul. » « L’état de « libéré » signifie que la personne sage, ayant abandonné ses limitations et qualités passées et acquérant les propriétés de l’être, de la conscience et de la félicité, atteint Brahman, de la même façon que la chenille devient papillon. »

Ses disciples Ramakrshna (1836-1886) et son disciple Vivekananda (1863-1902) qui fit connaitre la philosophie spirituelle de son maître en occident. Philosophie tirée de l’Advaita Vedanta, par laquelle il place la spiritualité et le principe divin au-dessus de toutes les religions. Ils développent le Bhakti yoga. Sri Aurobindo (1872-1950) poète, philosophe, yogi et homme politique indien. Il prône le yoga intégral. Ramana Maharshi (1879-1950) maître d’Advaita vedanta qui aura de nombreux disciples occidentaux.

Sylvie-Elisabeth Siegmann Source : http://4.bp.blogspot.com/-

1)Védas : Ensemble de textes révélés par l’audition aux grands sages indiens nommés Rishis. Signifie littéralement : vision, ce qui a été révélé. Ces textes ont été transmis oralement depuis leur origine. 2) Upanishads : signifie littéralement « assis par terre au pied du maître pour écouter l’enseignement ». Ensemble de textes philosophiques et mystiques de la littérature de l’hindouïsme qui furent transmis secrètement de la bouche du maître à l’oreille du disciple. Minimum trente siècles depuis leur origine.

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Un grand maître : Tirumalai Krisnamacharya

Article paru dans le bulletin IFY Loire Océan de l'été 2013 






 

Vu par certains il était précis, intransigeant, d’une pensée rapide et pénétrante, d’autres ont ressenti une immense douceur remplie d’attention et de compassion. S BKS Iyengar,  S Pattabhi Jois, TKV Desikachar racontent comment ils se sont dépassés et sont devenus maître en Yoga  grâce à son impulsion bienfaisante.

 
S.T. Krishnamacharya, brahmane d’un mètre cinquante huit est né le 18/11/1888 dans un district du Karnataka en Inde. Sa mère lui donne ce nom en l’honneur du Seigneur Krishna, une des incarnations du Seigneur Visnu. Son parcours est un mélange de mythe, d’histoire et de symbole. A seize ans,  il fait un rêve étrange : son ancêtre  S. Nathamuni lui chante les enseignements originels du Yogarahasya (l’Essence du yoga , texte disparu il y a plus de mille ans.)
 


 
Le professeur
Philosophe, sanskriste, grammairien, Krishnamacharya est reconnu comme un spécialiste des rituels brahmaniques.  Sa présence influence ses contemporains par sa mémoire : textes de la tradition, Ayurveda, musique, astrologie, poésie. Il parle de nombreuses langues et pratique jusqu’à ses 101 ans la récitation des Védas.
Son chemin le guide auprès d’un yogi qui fait remonter son enseignement de maîtres à élèves depuis Nathamuni, saint yogi (980 ap JC).  Il apprend de lui le Hatha Yoga et ses applications thérapeutiques, durant 7 ans. Quand il est questionné sur la source de ses informations, Krisnamacharya répond : « C’est mon Maître qui me les a transmises ». Krisnamacharya n’a transmis que ce qu’il a vécu de ces pratiques. Tel est le sens de ACHARYA. 
Il a dit : « Le professeur de yoga enseigne ce qui est approprié à ses élèves et non ce qui l’intéresse lui-même». Ses élèves, de renommée internationale, ont reçu de lui un yoga qui leur est personnel. Ils auront eu pour tâche de poursuivre et d’enseigner leur pratique. 
 
Le Yogi
Alors qu’à son époque le yoga n’a pas bonne presse, Krishnamacharya passe sa vie à redonner à cette pratique sa noblesse et son utilité pour ses contemporains. Il révolutionne les milieux traditionnels en ouvrant la pratique aux femmes : « Elles portent la vie des générations futures, c’est primordial qu’elles pratiquent le yoga ». Il va influencer la transmission du yoga dans le monde. Il déclare en 1934 : « Le yoga doit s’adapter à l’individu et non l’inverse ».
 
Y a-t-il un style  de « yoga Krishnamacharya » ?
 
Le thérapeute
Son sens de l’observation et sa capacité à interpréter les textes et ses connaissances de l’ayurveda lui ont permis d’avoir des résultats exceptionnels et des guérisons auprès de tout public. Sa compréhension expérimentale des dosha, vata pitta kapha et le fonctionnement des organes et des nadis, combinés avec les effets de l’alimentation sur les énergies subtiles affinent son approche du corps. Les pratiques du son et du chant védique, les nombreuses pratiques de concentration et de méditation ont des effets sur le mental et son apaisement. Reconnu comme un médecin étonnant, pour lui la pratique des bandha peut venir à bout de très nombreux maux qui assaillent l’homme, mais il affirme que seul Dieu peut le guérir. Le yoga est une méthode pour permettre de retrouver la force auto-guérissante résidant au profond de chacun.
Pour cela Krishnamacharya préconise de tenir compte, afin établir une pratique correcte :
du lieu de naissance « desha », de l’état physique « deha, » de la saison « kala » de la profession « vrtti», des croyances « marga », des capacités «shakti », des attentes de la personne, d’ apporter des forces «  shaktikrama », de comprendre ce qui est subtil « adhyatmikakrama » et de réduire les gênes qui invalident « cikitsakrama ».
Le prânâyâma est utilisé pour allonger des temps respiratoires rythmés en détendant des zones corporelles grâce aux postures spécifiquement préparées.
Des visualisations favorisent une direction mentale harmonieuse  et l’optimise.
 
 
 
Krishnamacharya  nous laisse :
De nombreux poèmes chantés pour ses élèves, remplis d’enseignements et de bénédictions,
la manière de réciter des Véda suivant des règles du sanskrit transmise de bouches à oreilles de professeurs à élèves ainsi que les commentaires oraux des ces textes permettant l’approfondissement d’une quête vers notre soi-même et l’enseignement vivant au travers de ses élèves devenus professeurs porteurs de ses idées novatrices.
 

Pour Krisnamacharya la posture n’est pas envisagée isolément. Elle fait partie d’une composition d’âsana préparatoire. Sur des rythmes respiratoires, elle est maintenue un temps, comme une méditation, puis quittée avec des compensations : vinyasa.
Krisnamacharya a innové de très nombreuses modifications et variantes pour chaque posture, favorisant ainsi la concentration sans  cesse renouvelée.
La pratique judicieusement préparée produit comme effet des gestes symboliques et énergétiques, mudra et bandha. Le placement de la colonne vertébrale et la compréhension de l’inspiration et de l’expiration ont des répercussions sur le maintien  de la santé.
Krisnamacharya a remis en cause certaines pratiques yogiques : incorrectement pratiquées, sans tenir compte de la constitution ayurvédique de chacun, elles deviennent inutiles voire dangereuses.
Krisnamacharya n’a cessé de mettre en relation l’expérience du Hatha Yoga avec sa vision inspirée des Yoga Sûtra de Patanjali.
 
 
 

Références livres 
Le yoga Makaranda où sont consignés les enchainements pour s’introduire dans les âsana, 
Le secret du Yoga, Yogarahasya (reçu du Maître de la lignée des Acharya).

Article rédigé par Jean-Yves Deffobis
 
 
 
 
        
 
 
 
 

Qu'est-ce que le sanskrit ?

« En quelle langue avez-vous chanté ? » « Qu’est ce que le sanskrit ? »





Ces deux questions reviennent souvent aux au oreilles des professeurs de yoga qui récitent à leurs élèves le Yoga Sutra de Patanjali ou leur chantent des textes védiques et mantras. Eclairage sur la langue « des dieux » :
 

Un peu d’histoire


Le Sanskrit est une langue qui remonte à la haute antiquité et a été une des langues principales de l’Orient, notamment en Inde. C’est la plus ancienne langue de l’Inde. Le premier « document » écrit remonte au XIV avant J.C : le Veda, ensemble de textes et d’hymnes religieux, monument littéraire d’une immense richesse. Auparavant la tradition était surtout orale.
Impossible de parler du Sanskrit sans parler de Panini, le grand grammairien historique (entre IVème et VI siècle avant J.C) pour qui le sanskrit était la langue universelle, de toute l’humanité, sacrée entre toutes car transmise par les dieux eux-mêmes. Plus tard, le mythe attribue à Patanjali que les pratiquants de yoga connaissent bien, la transmission de la grammaire pour que les hommes se comprennent mieux. Plus proche de nous : «La langue sanskrite, quelque ancienne qu'elle puisse être, est d'une étonnante structure ; plus complète que le grec, plus riche que le latin, elle l'emporte, par son raffinement exquis, sur l'une et l'autre de ces langues, tout en ayant avec elles, tant dans les racines de mots que dans les formes grammaticales, une affinité trop forte pour qu'elle puisse être le produit d'un hasard.» déclarait William Jones, orientaliste du XVIII ème siècle.
De nos jours c’est une langue réservée au culte et à l’enseignement, bien que faisant partie des langues officielles indiennes.

Un peu de grammaire


Saṃ-skṛtá (« parfait » ou, plus exactement, « fait ensemble ») signifie « la langue parfaite, parachevée » Le sanskrit était utilisée dans toutes les régions de l’Inde et de nombreux textes védiques furent écrits en différentes écritures (sârâda, bangâlî, kannada…). L’usage de l’alphabet denâgarî employé aujourd’hui est dû aux colons anglais. Nâgâri est un mot dérivé de « brâhmi », « deva » dieu : l’écriture de Brahma (le dieu de la création). Cette langue était parlée surtout par les brahmanes (les religieux) en raison de sa complexité. La tradition orale permettait d’en garder le secret du sens entier, ésotérique et réservé à l’élite des disciples. N’oublions pas que le sens définitif d’un texte n’existe pas dans la tradition hindoue, il s’apprend par cœur par répétitions, il se médite et s’éclaircit peu à peu (exemple des Yoga Sutra).





Alphabet devanâgâri : La position de la langue pour la prononciation des lettres est très importante et d’une grande diversité (gutturale, palatale, cérébrale....sourdes ou sonores…non aspirée, aspirée…). Pour articuler correctement le sanskrit il faut donc bien ouvrir la bouche (regarder votre professeur quand il chante, c’est très instructif).
Ce langage composé de sons racines, est enrichi par des suffixes et préfixes qui permettent une grande créativité de sens et de mots suivant leur contexte. Des noms composés s’ajoutent les uns aux autres : un composé sert de base à un autre composé. C’est une langue précise avec une grammaire très codifiée. Le sanskrit comporte une telle quantité de mots simples et composés à deux ou trois termes qu’un dictionnaire commencé en 1939 n’était pas encore achevé à la fin du XXème siècle : dictionnaire d’au moins 100 000 pages, avec des millions de termes !
C’est la langue qui a la littérature la plus abondante du monde…

Beaucoup de persévérance

Voulez-vous apprendre le sanskrit ?
Il vous faudra une grande patience et persévérance si vous souhaitez l’apprendre comme un « pandit », érudit indien, dans le détail et la complexité de la structure. Vous pouvez vous inscrire à une université qui l’enseigne, commander une méthode sur internet, potasser les livres de grammaire… C’est l’aventure de plusieurs années d’un travail intense.

Voulez-vous être « imprégné » par le sanskrit ? Il vous suffit de répéter avec application les mots du texte ou de la formule (mantra) ou du yoga sutra, transmis par votre professeur. Au début, c’est une mixture assurée ! Ne vous découragez pas : une bonne stratégie est de répéter ce que vous avez compris, même un balbutiement. Vous allez approprier un mot, puis un autre, puis une « phrase »… et au bout du compte le sanskrit s’imprégnera dans votre mémoire, par « cœur ». Ce que vous aurez appris ainsi restera gravé dans votre mémoire comme dans un roc. Jouez le jeu, ne demandez pas tout de suite le texte écrit : l’écriture ne correspond pas toujours à la façon de prononcer et cela risque de vous décourager. Vous pouvez également « contempler » les mots sanskrits, sans chercher leur sens, observer les racines des mots (le plus intéressant à apprendre) et la construction grammaticale. Peu à peu, quelque chose se passera dans votre compréhension. Laissez vous imprégner par le sanskrit, par la vibration que cette langue majestueuse porte en elle. Faites vous confiance, méditez sur les yoga sutra I.12 et I.13 et pratiquez !

Agnès Moriconi
Enseignante de yoga à Nantes

Pour aller plus loin :


« Eléments de grammaire sanskrite – la langue des dieux « Vasundhara Filliozat (Agamat) « Grammaire du sanskrit » Jean Varenne (Que sais-je ?) Site de traduction devâgâri-anglais : http://spokensanskrit.de


Livre à lire


LE YOGA, UN TEXTE, UNE PRATIQUE
Paroles de formateurs IFY Editions : Les Cahiers de présence d'Esprit, dirigées par Béatrice Viard.

A l'occasion des rencontres nationales de l'IFY, en 2009, Béatrice Viard a demandé à l'ensemble des formateurs: "Comment texte et pratique se tissent et s'ensemencent réciproquement dans votre enseignement ?" Une même question, pour une grande diversité de réponses !

Cet ouvrage est l'occasion de découvrir toute la richesse de l'Institut Français de Yoga (IFY). En effet, si nos professeurs puisent à la même source, chacun apporte une teinte, une sensibilité différente à son enseignement. C'est ce qui permet à chacun de nous, élève ou enseignant de trouver à se "désalterer". Par cette lecture nous pouvons élargir notre réflexion sur le Yoga et son texte fondateur que sont les Yoga Sutrâ de Patanjali.

Chaque chapitre est indépendant, nous pouvons lire à loisir, selon le moment ,tel ou tel chapitre, et y trouver chaque fois une source de réflexion pour notre pratique personnelle.

Le Yoga pour Tous ! ... Et les personnes handicapées

Avant de proposer un exemple de pratique spécifique, je voudrais développer dans cet article, différents éléments concernant le yoga pour les handicapés. Sur le chemin de la vie arrive parfois, au sein d’une famille ; l’imprévu, des traumatismes, maladies héréditaires, accident. L’enfant ou l’adulte se trouve diminué de ses chances de faire comme tout le monde. Les regards de l’extérieur changent et celui de l’intérieur protègent.
 
Qu’en est-il des personnes handicapées ? Le yoga peut-il être une aide ? Comment ? Depuis de nombreuses années, j’ai la chance de croiser des personnes handicapées moteur, des déficients intellectuels, des mal ou non voyants, des mal entendants, des trisomiques.
 
Comment ces personnes ont-elles pu trouver une aide, un réconfort dans la pratique de postures, dans les techniques du souffle et dans tous les autres exercices que j’ai pu mettre en place pour répondre aux différents handicaps afin d’inventer quelque chose de l’ordre de la confiance en soi, de l’apprentissage de l’écoute et du respect de l’autre et de soi-même.
 
Concevoir la situation du handicap est difficile pour une personne extérieure : ne pas pouvoir faire comme tout le monde dans la norme d’actions habituelles. L’approche de la pédagogie du yoga doit être reconsidérée en tenant compte de l’influence et de l’importance donnée aux regards des autres, le regard de la famille même, le regard des institutions, le regard des autres handicapés et bien sûr, le propre regard du handicapé sur lui-même.
 
Quelle importance le yoga peut-il représenter pour ces personnes ?
 
Nous pourrions considérer l’utilisation du yoga suivant le niveau d’altération des facultés personnelles.
 
handicap moteur
 
Le yoga soutient les efforts de la personne handicapée moteur qui doit fait face aux déplacements en fauteuil, à l’absence de membres, à des muscles non maîtrisés, à un système nerveux déficient. Les exercices de yoga tendent à préserver l’équilibre des fonctions vitales. Des mouvements spécifiques aident la circulation sanguine dans les régions qui restent immobiles. Sur le rythme du souffle, répétés progressivement, les exercices de conscience apportent des impulsions dans les membres oubliés. Je me rappelle cet homme dont le bassin qui avait été fracturé en de multiples endroits, vivait dans son fauteuil avec une anxiété, celle de tomber et de rester au sol sans force. Nous avons mis en place un entraînement spécial afin qu’il retrouve la musculature utile à ses déplacement dans le but de descendre et remonter dans son fauteuil. Il a pu fortifier ses bras, son dos et ses abdominaux. Les gestes inhabituels et les variantes des postures permettent d’éveiller et de revitaliser le corps dans ses énergies.
 
Les déficients mentaux ont besoin d’être guidés dans le gestes, le souffle et le rythme pendant une période plus ou moins longue. Quand ils ont repérés et mémorisés les exercices, ils s’approprient les mouvements associés à des phrases, des textes ou des sons. Les chants, avec leurs mélodies et leurs impulsions leur permet de communiquer, s’exprimer et canaliser leur attention. Les rappels de consignes fréquents et judicieusement placés dans les enchaînements favorisent des corrections qui se concrétisent par des progrès tant réflexes que comportementaux : par exemple sur des bégaiements, des tics ou des asymétries. Le travail collectif permet d’installer des rapports sociaux respectueux, dans la compréhension et l’écoute de l’autre. Ce yoga favorise l’approche du corps physique et émotionnel grâce à des ambiances qui reposent les systèmes nerveux. Mes expériences en CAT (centre d’adaptation par le travail) m’ont permis de concevoir des séries d’enchaînements évolutifs pour la santé. Ce travail se fait en harmonie avec les enseignants et les éducateurs qui encadrent ces personnes. J’ai rencontré dans ces groupes des handicapés moteur, des déficients mentaux et des trisomiques, avec leurs différences. Ces séances deviennent un lieu de production de paix et d’échange et d’enrichissement pour tous.
Les handicapés visuels peuvent l’être de naissance , ou le devenir au cours de la croissance ou encore lors d’une période plus récente. L’absence de repères visuels, source d’asymétries physiques et d’habitudes de précautions, se compense par une suractivité auditive, avec tous ses inconvénients par rapport aux stress dus aux bruits. Le toucher est aussi un organe très utilisé. Ces deux évidences demandent à l’enseignant une précision toute particulière quand il donne ses consignes. En effet l’ordre des mots produisent une suite de suggestions qui doivent être cohérentes pour le débutant, mais doivent aussi le rester par la suite, sinon la progression est rompue ou encore le doute physique s’installe. Le toucher peut leur permettre de « voir » un schéma à réaliser, avec des directions et des axes et des points clés. Etre toujours sur un qui-vive, rester en alerte,  devenir «  un radar », représente un sur-coût pour le système nerveux qu’il faut reposer par les techniques du yoga, principalement les prânâyâma. J’ai rencontré, dans ma pratique d’enseignant, des jeunes gens qui ont appris par le yoga, à trouver en eux les points de référence stables . En effet, cela leur a permis de moins être troublé par les agitations extérieurs. Ils ont acquis la possibilité de reconsidérer leurs sensibilités aux regard des émotions vécues autour d’eux et d’en être moins imprégnés.
 
Et les personnes trisomiques, si touchées par les marques d’affection , revendiquent leurs particularités. Certains très au courant des évènements familiers comme la coupe du monde pour les passionnés de sport, la grève des transport pour les anxieux, le décès ou la naissance dans leur propre famille ou chez des amis, tous marquent leur intérêt profond à ce qui les entoure. Les pratiques que je leurs propose comprennent presque toujours du chant ou des sons, dans le but de leur permettrent un partage et un recentrage, des enchaînements simples et progressifs afin de solliciter des interactions entre leur schéma corporel et la gestion de l’espace, une production graphique ou de dessins dans le but d’exprimer leurs sensibilités. Ces séances ressemblent à un foisonnement de signaux de communication tous plus riches et passionnants.
 
Oui le yoga peut apporter à tous du réconfort, de l’apaisement, de la connaissance de la vie. Comme des arbres sur cette terre, nous avons nos racines, égaux au contact du sol, en ce qui concerne les feuilles et les branches nous partageons nos différentes conceptions et idéations. Le yoga est une source d’inspiration donnant des moyens d’aborder les normes des plus banales à celles qui peuvent être si loin de nous.
La simple respiration en levant les bras, si banale pour la personne qui pratique  juste depuis un mois, devient pour le handicapé une source de libération, une joie, une source de connaissance et de communication.
 
Quelque soit le handicap, le yoga bien appliqué corrige et atténue les effets négatifs de la pesanteur sur la colonne vertébrale. La répétition de certains mouvements compense les positions du bassin
 
 
 Il y a un mystère. La pratique du yoga tend à soutenir intérieurement une force d’équilibre appelée par les anciens « cikitsha shakti », appelée aussi principe auto guérissant. Le yoga aide les personnes handicapées à mieux vivre, pour certains, leur handicap, pour d’autres à trouver leur place dans la société actuelle, pour d’autres encore, à les préparer à une certaine autonomie.
 
Jean-Yves DEFFOBIS
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La tête dans les étoiles, les pieds sur Terre ...

1 - Vous avez dit YOGA SÛTRA

Notre souhait dans cette nouvelle rubrique est d’aborder le texte légende   fondamental du Yoga, le YOGA SÛTRA DE PATANJALI. Qu’apporte ce texte comme éclairage était à nos questions quotidiennes ? Plusieurs professeurs de yoga se réunissent pour vous le présenter d’une façon accessible et simple.

2 - Question de l’élève

L’autre jour, E. a rencontré son amie K qui lui a dit : « - Va faire du yoga, cela te fera du bien ! ».

Après cette rencontre, E. se questionne : « - cette suggestion est une bonne idée mais qu’est ce que le yoga, exactement ? » « Où trouver des références solides ? »

3 - Définition de l’idée de SÛTRA

Sûtra désigne le fil qui maintient en mémoire un ensemble de connaissances structurées qui peuvent être transmises de génération en génération. Le yoga se définit de différentes manières suivant le contexte dans lequel il se trouve :

  • Il peut signifier une méthode de pratiques physiques associées à la respiration procurant calme, capacité d’améliorer son attention au présent, pouvoir s’endormir facilement, se détendre et se pacifier.
  • Il peut être considéré comme une méthode pour développer la confiance en soi et voir plus clair dans sa vie.
  • Celui qui veut approfondir son enquête sur le yoga devra se référer au texte classique et fondamental appeler « YOGA SÛTRA de PATANJALI.

Il apporte à l’humanité un traité de grammaire, pour mieux communiquer, d’ayurveda pour vivre longtemps et de yoga pour comprendre notre propre fonctionnement.

Ce traité de yoga, le Yoga Sûtra, est composé de 195 aphorismes, transmis de professeurs à élèves depuis cette origine. Le Yoga Sûtra est la référence de tous les types de yoga.

4 - Le Mythe de Patanjali

patanjaliUne légende racontre qu'à son début l’humanité était plongée dans le trouble. Un sage fut envoyé. Il tomba du ciel, détaché du serpent de l’infini, Ananta (symbole de la transformation, de la mue) entre les mains en coupe de sa mère en prière (Pat : tomber, Anjali : mains en coupe).
 

5 - A quoi sert l’étude des SÛTRA ?

Comment passer d’un état mental dispersé et émotif à un état calme et clair ? Quelles sont les qualités qu’il faut acquérir pour cultiver cette clarté et agir d’une manière responsable ? Comment expérimenter et maintenir cet état dans l’action quotidienne ? Les Sutra constituent une trame capable d’organiser et d’entraîner notre esprit dans toutes les situations de la vie et de mieux « s’accorder ». C’est un texte propice aux échanges et à l’interaction entre deux ou plusieurs personnes. Ces réflexions interactives ont un rôle de prévention par rapport à nos actes et à notre comportement. Il permet de nous rendre créatif par la multitude de sujets énoncés et de la manière de les aborder. L’étude du Yoga Sûtra est un support pour réfléchir et essayer de s’améliorer avec ce fil conducteur comme guide. La force du Yoga Sûtra est d’être applicable au cœur même du quotidien.

6 - Application au quotidien de SÛTRA

Assurer son intervention pour un nouveau projet :

Demain, L. graphiste, doit rencontrer un cabinet conseil pour mettre en place un nouveau projet pour son travail. Il se prépare à l’avance pour présenter ses productions de façon cohérente et mesurée afin d’obtenir l’appui de financiers. Il suit son programme pour démontrer et argumenter son exposé. Utilisant « Sûtra », L. s’assure du succès de son projet.

7 - Application sur le tapis SÛTRA : Être dans la pratique ou ne pas y être ?

G. a commencé sa séance avec un mal de tête et la gorge serrée. Après quelques exercices de ventilation avec les bras, elle remarque une amélioration. Elle termine avec un teint de rose et se sent reposée. Comment a-t-elle pris conscience de ce mieux-être ? Elle a appliqué une attention continue sur la respiration se permettant ainsi de prendre de la distance avec ses idées sombres. Le fil conducteur, Sûtra, a été ici la présence soutenue au fil de l’air qui sort, l’expire, durant tous ses exercices.

 

8 - De SÛTRA en SÛTRA



Patienter tout en s’activant face aux obligations de la vie : J., étudiant en langues étrangères, recherche un stage dans une entreprise internationale. Il doit passer de nombreux appels téléphoniques, écrire de nombreux courriers. Chaque jour il passe du temps à sa recherche malgré ses études prenantes. Sûtra : « Abhyasa » la persévérance dans une même direction.

Rester fermement établi dans la paix P. est au bord de la panne d’essence. A la station, la seule pompe est occupée par une dame presque paniquée par le fait de mettre sa carte bancaire dans l’automate. P. bien que très pressée, choisit de rester calme et d’apporter son aide à la dame. Sûtra : « Ahimsa » Rester en paix

9 - SÛTRA

a- définitions : Cordeau, Plan, Règles exprimées en brefs aphorismes p.857 dictionnaire sanskrit français. N. Stoupak.

b- comme un collier de perles : L’image du collier de perles est souvent donnée pour illustrer les Yoga Sûtra : les sûtra s’égrènent, telles des perles sur un collier, reliés
entre eux par un fil invisible.

10 - Questions à l’élève

Pour avancer dans la compréhension des Sûtra interrogeons-nous :

D’après vous, comment augmenter la qualité de l’attention au cours d’une séance de yoga ?  Comment, en sachant qu’une posture nous tire un peu sur l’arrière des jambes, résoudre cette sensation ? Comment notre propre expérience de vie peut-elle servir aux autres ? Par exemple notre expérience de parents peut-elle servir à nos enfants devenus à leur tour parents ? Qu’avons-nous envie d’améliorer en  nous ?
Comment passer de l’agitation à un état plus calme ?

11 - Prochaine étude : ATHA : Chapitre 1 Samadhi pâda –  Sûtra n° 1

Dans notre prochain bulletin nous développerons le premier sûtra et tout particulièrement le premier mot, ATHA.
Comment commencer le Yoga ? Quelle est l’importance de la lettre A ?

 

Agnès, Christiane, Marie-Claire,
Maryannick, Myc, patricia,
Sylvie et Jean-Yves

Extrait du Bulletin de l'Association n°53 - Hiver 2011