J'ai découvert le yoga sur mon lieu de travail

Lorsqu'une de mes élèves m'a demandé si j'accepterais de donner un cours en entreprise, je lui ai demandé un moment de réflexion, le fait d'introduire la pratique du Yoga dans le cadre du travail ne me semblant forcément une bonne chose

J'ai découvert le Yoga sur mon lieu de travail

Entretien avec Maryse Jobert

« Un Instant Thé sur le thème du "Yoga en entreprise" »... J'ai souri en entendant Nicole Héguy évoquer ce sujet et c'est tout naturellement que j'ai accepté son invitation à venir en parler. »

« Comment refuser, alors que mes premiers pas en Yoga ont eu lieu sur mon lieu de travail ? »

« C'est en voisine et par un après-midi pluvieux que j'ai rendu visite à Nicole, chez elle à Montmartre, pour répondre à ses questions. »

Maryse, comment s'est passée ta première expérience ?

— « J'avais 30 ans, statisticienne, je travaillais à l'époque au ministère de la Santé. Jeune mère, je me sentais un peu dépassée par le rythme des journées et mes multiples occupations. L'association sportive du ministère proposait de nombreuses activités (badminton, course à pied, gymnastique... et Yoga).
C'est avec curiosité que j'ai été à ce premier cours. J'ai tout de suite senti que "j'avais frappé à la bonne porte".
Mon professeur était, elle aussi une jeune femme, elle s'appelait Bernadette Pistre et je suis sûre que tu la connais, elle se nomme maintenant Bernadette De Gasquet. Le cours était tonique, assez exigeant et les moments de repos bienvenus. La relaxation finale a été une vraie bonne surprise. Je suis repartie reposée. »

Comment vivais-tu ces rencontres ?

— « Assez vite, j'ai essayé de protéger cet espace, de faire que ce rendez-vous soit régulier. Et ce n'était pas si simple. Je me souviens de l'ambiance du cours, après l'agitation de l'arrivée, le temps n'était plus le même. Il semblait plus dense. Je me souviens avoir découvert ma souplesse mais aussi ma difficulté dans le cobra, mon cœur qui s'affolait de façon inexplicable, mon enthousiasme devant la variété des postures, le plaisir du mouvement et certains moments suspendus. Je revenais d'où, après ce sphinx préparé soigneusement ? Cette heure m'est vite devenue indispensable, une heure pour m'occuper de moi, me recentrer. »

Qu'est ce qui a fait que tu as poursuivi dans cette voie ?

— « Tout cela est un peu mystérieux ! Sans être malade, j'avais des fragilités et j'ai expérimenté assez vite que cette voie me permettrait de "me faire du bien", de préserver l'énergie et d'éviter ainsi la prise de médicaments. Comprendre ses forces et ses faiblesses, corporelles mais aussi psychologiques me semblait aussi "faire partie du voyage".
Et puis, la curiosité était toujours là, quelques "découvertes" aussi et je voulais en savoir plus. C'est ainsi que je me suis inscrite assez vite à la formation proposée par Claude Maréchal. J'ai poursuivi cette étude très longuement et au fil du temps et des sollicitations, j'ai accepté d'animer un cours sur les mêmes lieux. C'est ce que j'ai fait pendant plus de quinze ans. »

A ton avis, le Yoga en entreprise a-t-il des particularités, par rapport à un cours proposé dans un autre contexte ?

— « Les pratiquants, pour certains mes collègues directs, étaient médecins, ingénieurs sanitaires, pharmaciens... Comment ne pas vouloir amener dans cet espace, toute la richesse du Yoga ? »

— « Pendant ces années d'enseignement, mon objectif global était de faire de cette heure une parenthèse "protégée". Je connaissais le contexte et l'implication dans leur travail des personnes qui venaient là. Elles arrivaient au cours assez tendues (fin de matinée, la tête encore occupée par les activités qu'elles avaient interrompu pour venir). Nous étions deux enseignantes et proposions des horaires différents. Nous avions convenu que j'accueillerais les nouveaux élèves. Cette obligation, au fil de l'année, était une contrainte à accepter. De même que la nécessité d'accueillir toute personne voulant pratiquer. La plupart du temps, les gens se déterminaient pour une plage horaire et non pour un enseignant en particulier. »

— « A l'époque, je commençais à étudier avec Peter Hersnack et je dois dire que sa créativité m'a nourrie et m'a permis de proposer les ajustements nécessaires. Le groupe était assez hétérogène : un noyau régulier et avancé, des pratiquants plus occasionnels ou "fragiles" et quelques nouveaux à deux reprises dans l'année. J'animais un seul cours par semaine mais je dois dire que mon esprit en était occupé bien au-delà. C'était très motivant. Yukti prenait tout son sens dans cette situation, mais je me sentais quelquefois un peu démunie, malgré tout. »

Quelle leçon tires-tu de ces années ?

— « Avec le recul, je pense que cette situation a renforcé ma confiance dans le Yoga. Je rencontre de temps en temps, des personnes qui me rappellent avoir débuté le Yoga dans ces lieux et avoir poursuivi. Certains ont suivi des formations et enseignent maintenant. Anne Lebeaupin, ancienne présidente de l'IFY, a bénéficié de ces cours. »

Et maintenant ?

— « Retraitée depuis neuf ans, j'enseigne en cours particulier. J'apprécie vraiment la relation qui s'installe progressivement et la recherche patiente du Yoga adapté. Cette année, une surprise, la demande de jeunes couples de pratiquer ensemble. »

— « Le Yoga et l'entreprise... je trouve qu'il serait intéressant d'organiser un échange entre enseignants engagés dans ces lieux et je me pose quelques questions : sont-ils nombreux ? dans quel type d'entreprise enseignent-t-ils ? Le temps de travail s'étant réduit, densifié, éclaté, y a-t-il encore un espace pour cette pratique ? Quelles consignes reçoivent-ils ? »

Propos recueillis par Nicole Héguy