La femme enceinte, une pratiquante de Yoga presque comme les autres

Si le Yoga est un chemin de transformation, la grossesse aussi...

La femme enceinte, une pratiquante de Yoga presque comme les autres

Ils devaient donc se rencontrer !

La pratique du Yoga durant cette période de remue-ménage – physique et psychique – que traverse la femme enceinte est une aide précieuse, qui ne se substitue en rien au suivi médical, mais remet la femme face à elle-même dans une relation apaisée avec son corps, ses sensations et l'enfant à naître.

De plus en plus de médecins encouragent d'ailleurs la pratique du Yoga à la fois avant mais aussi après l'accouchement

De nombreux professeurs de l'IFY proposent des cours pour femmes enceintes, et ce n'est pas un hasard car l'adaptation à la personne, qui est au cœur de l'enseignement de l'IFY, doit être le maître mot quand on s'adresse aux femmes enceintes.

Certains professeurs ont suivi des formations complémentaires, en particulier celle dispensée par Bernadette de Gasquet, une référence en la matière.

Dans cette optique d'adaptation, le cours individuel semble la meilleure solution, puisqu'il permet au professeur de proposer une pratique personnalisée. Que la femme découvre le Yoga à l'occasion de sa grossesse ou qu'elle soit une pratiquante de longue date.

Mais le cours individuel doit être accompagné d'une discipline personnelle : en effet, la femme devra pratiquer chez elle les séances élaborées avec le professeur. L'avantage de cette formule est de pouvoir pratiquer le temps qu'on veut (parfois la femme pourra ressentir le besoin d'une courte séance plusieurs fois par jour) et au moment de la journée qui convient le mieux.

Pourtant de nombreuses femmes se tournent plutôt vers le cours collectif

Cette formule, qui ne permet pas un suivi aussi fin de chaque femme, offre l'avantage de favoriser la rencontre : les femmes peuvent partager leurs expériences, parler de ce qu'elles ressentent non seulement avec le professeur mais aussi entre elles et la discussion après le cours est un moment très important et souvent très animé !

C'est souvent là qu'on entend parler du père, le grand absent des cours de Yoga... A ce propos, Bernadette de Gasquet propose dans son livre Bien-être et maternité des exercices à pratiquer à deux, en particulier des postures suspendues.

Dans le cours collectif, le professeur, qui se retrouve avec des femmes enceintes de quatre mois et d'autres à trois semaines du terme, doit pour sa part faire preuve d'une grande souplesse... dans la construction du cours !

De prodigieux changements au cours de la grossesse

On ne dira jamais assez que la grossesse n'est pas une maladie. Mais elle est accompagnée par des changements physiologiques et physiques drastiques dans le corps en raison des fortes poussées hormonales.

Ces changements ont des répercussions sur la respiration, la statique, le rythme cardiaque... et doivent être pris en compte dans le cours de Yoga. Sans viser à l'exhaustivité, voici quelques pistes de réflexion.

La statique générale

L'équilibre est modifié avec le déplacement du centre de gravité – ce déplacement est plus prononcé au troisième trimestre de la grossesse – et on constate une déstabilisation à la marche, ainsi que l'accentuation de la lordose lombaire (ce qui peut entraîner des douleurs lombosacrées) ainsi que celle de la cyphose dorsale.
Le bassin bascule vers l'arrière et les appuis augmentent sur l'avant-pied.

Le professeur doit donc être très vigilant sur la position du bassin dans les postures debout. Des postures qui placent le bassin en asymétrie, comme virabhadrasana, doivent être pratiquées avec un écart de pieds réduit.

La respiration

Plusieurs facteurs entrent en jeu dans l'accélération du rythme respiratoire de la femme enceinte. Elle s'explique tout d'abord par l'effet de la progestérone sur le système nerveux central et le bulbe rachidien, là où se fait la régulation de la respiration.

Ensuite, plus la grossesse avance, plus le bébé prend de la place et exerce une pression sur le diaphragme (à la fin de la grossesse, le bébé va descendre dans le bassin et la respiration sera plus aisée).

Il faut donc ménager des pauses dans la pratique pour réguler la respiration. Si la femme est très essoufflée, cela peut aussi être causé par de l'anémie. Tout essoufflement prolongé doit donc inciter à la plus grande prudence.

Les modifications cardio-vasculaires

Il y a globalement augmentation du travail cardiaque : on évitera donc la tenue de postures en statique pour privilégier le dynamique et le semi-statique (avec précaution).

La circulation sanguine est transformée par la compression de la veine cave inférieure, au fur et à mesure de l'avancée de la grossesse. La position sur le dos (decubitus dorsal) peut être mal vécue de ce fait : on privilégiera alors le decubibus latéral gauche qui permet une moindre compression de la veine cave par l'utérus.

Le relâchement ligamentaire

Certaines hormones (relaxine, œstrogènes et progestérone) augmentent le relâchement ligamentaire.

Les articulations du bassin, dont la symphyse pubienne, deviennent plus souples et ce pour faciliter le passage du bébé lors de l'accouchement. Cette hyperlaxité a donc une grande utilité, mais il faut cependant veiller à ne pas forcer sur ces ligaments lors de la pratique. Et cela surtout pour les pratiquantes assidues qui pourraient avoir envie de profiter de cette souplesse accrue pour "aller plus loin" que d'habitude.

Le cerveau

Une récente étude, publiée dans la revue scientifique Nature Neurosciences, vient de mettre en évidence que la grossesse a aussi un retentissement sur le cerveau.

Grâce aux techniques d'imagerie cérébrale, les chercheurs ont constaté une diminution de la matière grise dans les régions qui sont impliquées dans les interactions sociales comme la perception et l'interprétation des désirs, des émotions, des intentions et de l'humeur d'autrui ou de soi-même.

— « Il n'est pas question d'envoyer un message du type "être enceinte vous fait perdre du cerveau", avertit la chercheuse Elseline Hoekzema. Une perte du volume de matière grise peut aussi représenter un processus bénéfique de maturation ou de spécialisation. »

Ces modifications, qui perdurent deux ans après l'accouchement, interviendraient pour préparer la mère aux exigences de la prise en charge de l'enfant.

C'est à un être transformé, chamboulé, jusque dans son cerveau, que le professeur de Yoga est confronté. Un temps d'échange avant toute pratique doit permettre l'ajustement du cours (postures debout ou assises, pranayama, chant...) en fonction de l'avancement de la grossesse, de l'état général, et on utilisera sans modération coussins, sangles, supports, ballons, etc. pour assurer confort et détente.

Avec un seul but : donner confiance dans les capacités du corps et du psychisme à vivre l'aventure de la grossesse et de la naissance.

Sylvie Prioul, professeur IFY