Yoga et travail

Yoga et travail

Yoga et travail

Quand Lina Franco m'a contactée pour écrire un article, j'ai été d'abord bien déçue...

Je savais que le prochain thème était "Yoga et créativité" ! Chouette !

Et voilà que je découvre le sujet proposé "Yoga et travail" ! Quelle corvée !
J'ai commencé par répondre que je ne concevais pas le Yoga comme un travail !

Ne pensez pas que je souhaitais prendre la tangente... Bien que formatrice depuis plusieurs années maintenant, le Yoga n'est pas mon activité professionnelle, je continue à exercer mon métier initial.

Je pensais donc ne pas être la mieux placée pour aborder ce thème, mais « Justement ! » m'a-t-il été répondu !

Me voilà attelée à ces travaux d'Hercule ! Découvrons ensemble où ils m'ont conduite...

Yoga et Travail, deux mots porteurs de dichotomie

Première impression : ces deux mots semblaient porteurs de dichotomie ! D'autant que l'étymologie du mot "travail" s'imposait à moi : "tripalium" = ancien instrument de torture !

D'où les sens de "douleur, tourment, fatigue extrême". Bien loin du terme "Yoga" : unir, rassembler, joindre, contempler ! Force est de constater qu'aujourd'hui le monde du travail est souvent associé à un malaise : trop ou pas de travail, harcèlement, burn out...

Beaucoup de pratiquants cherchent alors un apaisement, un équilibre, une meilleure gestion du stress par le Yoga qui offre de nombreux outils efficaces et transférables au quotidien ; de leur côté, de plus en plus d'entreprises s'adressent à nous. Prise de conscience ? Stratégie... ?

Je me réjouis de l'investissement des professeurs qui interviennent pour proposer des projets, des programmes adaptés à une demande spécifique. Pour exemple,
♦ Odile intervient dans une antenne fabriquant des vaccins sur des créneaux de 10 minutes seulement auprès des employés chargés de vérifier la qualité des produits.
♦ Isabelle, quant à elle, infirmière scolaire, propose du Yoga aux enfants dans le cadre de l'éducation à la santé.
♦ Catherine ou Laurence, toutes deux kinésithérapeutes, accompagnent, dans leur secteur professionnel, leurs patients grâce au Yoga.

Les exemples sont nombreux... et encourageants !

Pour autant, ne réduisons pas le Yoga à une activité de bien-être !

Tapas : il est essentiel que le Yoga nous "travaille", qu'il nous permette d'accoucher à nous-même, qu'il soit force de transformation, action durable, érosion de nos conditionnements... comme la mer travaille la falaise (Yogasûtra IV, 11) !

Défions-nous des histoires à l'eau de rose... Svâdhyâya fait écho aux "travaux de recherche", voire "aux grands travaux !". Le périple peut nous conduire dans des contrées à explorer...

Autre enjeu de plus en plus prégnant : la professionnalisation du Yoga

Travaux publics ? Travail d'intérêt général ? Comment œuvrer à la reconnaissance du statut du professeur de Yoga ? Quel cadre officiel trouver pour protéger à la fois enseignants et élèves en conservant autonomie, créativité et qualité de transmission ?

Un des premiers sens de "travail", au-delà de la dimension professionnelle, est l'activité ayant pour but la production des biens et services.

En Yoga, les puruşârtha posent, comme un des quatre piliers de la vie, la nécessité de s'assurer bien-être et sécurité matérielle artha

Traditionnellement, le yogi pratiquait, méditait, enseignait beaucoup et vivait de peu, il s'acquittait ainsi d'une sorte de dette envers son professeur et le monde qui l'avait vu naître (ou renaître ?).
Vocation ? Sens du dharma ou du svadharma ?

Qu'en est-il aujourd'hui ? Multiplication des cours, de l'offre, des centres de pratique ou de formation ; inflation des prix ; publicité et foisonnement des objets "utiles" à la pratique questionnent...

Quelles valeurs souhaitons-nous défendre ? Comment trouver le juste équilibre entre déontologie et nécessité ?

Comme le mot Yoga, le mot travail désigne à la fois l'activité, l'ouvrage lui-même, mais aussi la manière de le réaliser. Patanjali nous invite tout à la fois à îsvarapranidhana : confiance et détachement et à nimitta compétences et intelligence.

Je vote (c'est de saison !) pour que le Yoga demeure un art de vivre et un travail d'orfèvre !

Elisabeth REMY, Formatrice IFY

Pratique Yoga Shavasana quelques respirations